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1826 Passage Choiseul

par Philippe Godoÿ, Association pour la sauvegarde de la fontaine Louvois et ses environs.

Dentelles et accessoires de mode

Sous la Restauration des Bourbons, frères de Louis XVI, des banquiers, les frères Mallet achètent des quartiers entiers pour les lotir. Cette activité lucrative n’engage qu’une infime partie de leur immense patrimoine.  Ils sont les héritiers d’une famille de financiers installés en Suisse et revenus en France au XVIIIème siècle. Au début du XIXème siècle, ils habitaient en haut de la rue de Gramont, à l’emplacement du bâtiment du Crédit Lyonnais.

Leur dévolu se jette sur un espace situé entre la rue des Petits Champs et Saint Augustin. Leur vaste opération immobilière nécessite la destruction de  plusieurs prestigieuses demeures dont le magnifique hôtel de Lionne (rue des Petits-Champs et dont nous reparlerons). Le projet des fortunés promoteurs est de créer un passage bordé de magasins à la mode, à l’imitation des galeries Vivienne et Colbert, ouvertes à la même époque.

Les travaux de construction du passage Choiseul débutent en 1825, selon les plans de  François Mazois, un des architectes les plus célèbres de  Paris. Il avait participé à des ‘fouilles’ à Rome et à Pompei avec la découverte d’importants vestiges antiques. Ensuite, il avait collaboré avec Percier, l’architecte de Napoléon. Ce choix des barons Mallet peut surprendre or leur projet  était ambitieux et se devait d’être confié à un architecte de renom.

Il a d’ailleurs laissé son empreinte : chaque boutique est encadrée de pilastres néo-classiques très stylisés ; ils sont surmontés de deux étages avec une fenêtre à chaque niveau d’où un effet de symétrie. Il est interrompu, coté sortie rue saint-Augustin, par un  balcon suspendu avec une horloge. Au premier étage, toutes les ouvertures sont en demi-cercle et les murs sont surmontés d’une sobre corniche. Mazois décède en 1826 et l’achèvement du passage est confié à l’architecte Antoine Tavernier, avec une ouverture sur la rue sainte Anne, le passage Sainte-Anne. La surprise visuelle vient de la toiture remplacée par un immense verrière. C’est encore aujourd’hui le plus long passage de Paris (190m)

Le but des Mallet est atteint : s’installent des boutiques fréquentées par une clientèle élégante. Il est vrai qu’à l’époque, le quartier est célèbre pour des commerces de soieries, dentelles et accessoires de  mode. Dès 1827, il y a un salon littéraire, au 44 et 46, qui offrait la lecture de journaux et de plus de mille ouvrages. En 1828, au 62 c’est une librairie-imprimerie, chez Bréaud. Mais la mode change de quartier sous le second Empire, avec l’ouverture de boulevards par Haussmann, bordés de cafés et de magasins luxueux. Les boutiques des passages du 2ème arrondissement périclitent…

Littérature et show biz

En 1866, Alphonse Lemerre reprend, au 47, une librairie religieuse (Percepied) pour en faire le rendez-vous des poètes et les publier : la grande figure est Paul Verlaine, entouré des célèbres ‘Parnassiens’ de l’époque. La librairie fermera à la fin des années 1960, dans un contexte pathétique.

En 1899, s’ouvre une boutique ‘d’objets de curiosités’ au 67. Elle est tenue par Marguerite Destouches. Son fils, Louis-Ferdinand Céline fera entrer ‘en littérature’ le passage Choiseul, sous le nom du passage de la Bérésina dans Mort à crédit. La famille s’installe ensuite au 64. Dans les années 1950, sont présents surtout des artisans qui souvent travaillent au-dessus du magasin : sacs, chaussures, bonneterie, mercerie. Sans oublier la papeterie Lavrut. Et au milieu du passage, un lieu consacré à des baigneurs en celluloïd qui trônaient en majesté dans la vitrine (‘Au jeune de Bridiers’)

Au milieu des années 1960, le passage se réveille. L’actrice Sophie Desmarest triomphe aux Bouffes Parisiens (65 passage Choiseul et 4 rue Monsigny) dans Fleur de cactus de Barillet et Grédy ; elle ouvre, dans le passage, une boutique d’antiquités ‘le Cactus Bazar’ qui relance la mode des meubles Napoléon III et fin XIXème s.

En face s’installe, avec Catherine Harlé, la première agence de cover-girls de Paris.

« Il y a les drogués, les fous du Zen,
Ceux qui lisent et ceux qui savent parler
Aux mann’quins d’chez Catherine Harlé,
Ceux qui s’marient à la Madeleine… »

Jacques Dutronc, Les playboys  1966

Un jeune styliste inconnu prend une boutique dont l’originalité est de faire entrer les clientes par des portes …d’armoire normande : il s’appelle Kenzo. Ce petit monde sophistiqué côtoie dans la bonne humeur les commerçants et leurs familles.

 

En 2012, la verrière est restaurée. En 2016 est prévu un grand chantier avec l’éclairage latéral le long des piliers comme en 1827 et la reconstitution du dallage de l’époque. Souhaitons au passage, après cette belle restauration, de retrouver un peu de son âme !

Vers le projet de rénovation du passage Choiseul

 

 

Crédits photographiques

BNF Gallica – By Nicolas Henri Jacob (Château de Versailles) [Public domain], via Wikimedia Commons – Association de Sauvegarde du square Louvois