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1660 Hôtel de Lionne

par Philippe Godoÿ, Association pour la sauvegarde de la fontaine Louvois et ses environs.

Un rêve de puissance

Vers 1660, à l’emplacement des 42 et 44 rue des Petits-Champs, est édifié un somptueux hôtel particulier. La rue s’appelle, à l’époque, rue Neuve des Petits-champs ; elle est ouverte depuis une trentaine d’années et elle est déjà bordée d’imposantes résidences, occupées par des personnalités proches du pouvoir royal. Cette nouvelle construction a les dimensions d’un  palais et elle est due aux plans de l’architecte Louis Le Vau (1612-1670). Parmi ses réalisations : l’Hôtel Lambert, L’Hôtel de Lauzun  dans l’Ile Saint Louis, le château de Vaux-Le-Vicomte ; il a été chargé de commencer l’extension de Versailles, l’aménagement des Tuileries et l’agrandissement du Louvre.

La réalisation du chantier de la rue Neuve des Petits-Champs est confiée à l’entrepreneur Villedo. L’imposant bâtiment central est entouré de deux ailes et donne sur un jardin qui s’étend jusqu’à l’actuelle rue Saint-Augustin.  Les pelouses sont décorées de bosquets taillés ‘en dentelle’, à la façon des parcs des villas entourant Florence.

Son luxe crée un contraste avec la rue Neuve des petits-Champs, dépourvue d’éclairages, de trottoirs et d’égouts.

L’hôtel portera le nom de son premier propriétaire le marquis Hugues de Lionne (1611-1671). Issu d’une famille noble de Grenoble, il était entré dans la diplomatie grâce à son oncle. A partir de 1660, il est ministre des Affaires étrangères, proche du surintendant Fouquet et du ministre Louvois. Il était très estimé par Louis XIV et le mémorialiste Saint-Simon écrira de lui qu’il était un des meilleurs ministres de l’époque. Avant de faire construire la demeure de la rue Neuve des Petits-Champs, il avait acquis le château de Berny en Normandie. A sa mort en 1671, il laisse des dettes et sa résidence parisienne n’est pas achevée.

Au gré des aléas dynastiques

La fille d’Hugues de Lionne est mariée au duc d’Estrées descendant de la favorite d’Henri IV, Gabrielle d’Estrées. Le gendre du Marquis de Lionne avait hérité de son oncle, le cardinal d’Estrées, les célèbres globes terrestres de Vicenzo Coronelli. On dit que ce dernier acheva leur construction à l’hôtel de Lionne. Ils y restent une vingtaine d’années avant d’entrer dans les collections royales. Aujourd’hui, ils sont à Paris, à la BNF. Rappelons qu’ils mesurent 3m 87 de diamètre et qu’ils pèsent chacun 2,3 tonnes.

En 1703, la somptueuse demeure est achetée par Louis Phélipeaux de Ponchartrain, contrôleur des finances de 1689 à 1699. La décoration des salons suivra l’évolution des modes. Au début du

XVIIIe siècle, c’est l’influence du  style transition Louis XIV-Régence. Vers 1750, les murs des pièces se couvrent de boiseries, style rocaille, typiquement Louis XV ; et avant la révolution, c’est le style Louis XVI qui l’emporte.

L’hôtel s’appelle, alors, de Lionne – de Pontchartrain. En 1747, l’écrivain Jean-Jacques Rousseau habitait à l’emplacement de l’actuel 57 de la rue des Petits-Champs. Il a raconté dans Les Confessions que depuis son logement, il voyait l’horloge qui dominait le fronton du pavillon central de l’Hôtel de Lionne ; il avait tenté, sans succès, d’apprendre à sa compagne, Thérèse Levasseur, comment lire l’heure.

LA demeure des financiers

En 1747, Louis XV, au nom de l’état royal, se porte acquéreur de l’Hôtel pour y établir la résidence des ambassadeurs ‘extraordinaires’ en France. Puis à partir de 1756, c’est la résidence du ministre des Finances. A ce titre y habite Jacques Necker (1732-1804). Banquier genevois, il est à plusieurs reprises ministre des Finances avant la Révolution, de 1776 à 1781. Il est rappelé par Louis XVI en 1789 mais c’est trop tard : la révolte populaire commence ! Un autre ministre des Finances a habité l’Hôtel de Lionne, Charles Alexandre de Calonne (1734-1802), de 1784 à 1787. Il fit de somptueux travaux et achats de mobilier pour sa résidence, sans doute aux frais de l’Etat. Il était surnommé ‘Monsieur Déficit’ car il augmentait les dépenses et les impôts, ces derniers devant couvrir les premières.

Au début de la Révolution, en 1791, l’hôtel devient la résidence du ministre de l’Intérieur, le chef du parti Girondin, Roland de La Platière. Sa femme, la célèbre madame Roland, auteur de  Mémoires, y tient un salon brillant ; elle finira à l’échafaud, poursuivie par la haine de Danton et Robespierre.

Après la Révolution, en 1795, L’Hôtel de Lionne devient le ministère des Finances et y est installé le Trésor public. Sous le premier Empire et le début de la Restauration, il reste le siège des principaux bureaux du ministère. En 1825 et 1826, deux décrets royaux ordonnent sa démolition pour l’édification d’un immense lotissement rentable : ces décisions s’imposaient d’un point de vue financier car les caisses de l’état étaient  vides, à cause des guerres napoléoniennes et de l’occupation de Paris par les troupes étrangères dites alliés, après la chute de l’Empereur. La conséquence de ce lotissement d’envergure est l’ouverture  du passage Choiseul, des rues Méhul, Marsollier, Dalayrac et ensuite la construction de la salle de spectacles Ventadour.

Dans cette perspective, l’hôtel de Lionne, édifié par Louis Le Vau, est détruit en 1827 !

 

crédits documentaires et photographiques

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